Une publication récente m’apprend que je prends environ 35.000 décisions par jour ! Ne souriez pas… Vous aussi !

Rien qu’à y penser, j’en ai le tournis. Heureusement, il semble que nous choisissons souvent si rapidement que nous n’en avons pas conscience. Imaginez un instant à quel point notre esprit serait encombré d’informations et épuisé par ce travail mental permanent si ce n’était le cas. Que se passe-t-il dans votre tête quand vous décidez ? Cette étude dont je parlais nous apporte de premières idées. Voici ce qu’en dit Paul Dolan, professeur de psychologie comportementale à la London School of economics :

« Les résultats [de l’étude] sont fascinants et prouvent tout à fait que l’esprit automatique traite de nombreuses choses inconsciemment. Contrairement à ce que la majorité d’entre nous pense, la prise de décision de l’Homme est un processus traité, en grande partie, par l’activité mentale inconsciente. Nous créons des habitudes nous permettant d’éviter de surcharger notre esprit avec de simples tâches de routine. »

Quel genre de décideur êtes-vous ?

Mais alors, comment cela se passe-t-il dans notre tête quand nous choisissons ? Nos choix “conscients” sont-ils toujours bons pour nous ? Et s’ils sont aussi souvent inconscients, quelle est alors notre part de libre arbitre ?  Au fond, dans quel genre de décideurs nous reconnaissons-nous ?

  • Il y a ceux qui agissent et réfléchissent après, impulsifs et dans l’action ils foncent et espèrent de ne pas regretter ensuite.
  • Il y a les indécis. Ceux-là parfois n’arrivent tellement pas à faire un choix qu’ils aiment se laisser guider par d’autres ou font en sorte que les circonstances de la vie prennent à leur place la décision.
  • Il y a les rationnels, qui pèsent le pour et le contre de chaque option, analysent, décident… et qui parfois restent paralysés devant l’amplitude et la complexité de leurs propres pensées.
  • Et puis il y a encore ceux qui parfois réfléchissent et parfois non.

Un de ces profils vous ressemble-t-il ? Plusieurs peut-être ? Car nous pouvons changer nos modes de décision selon les circonstances, les domaines de la vie…

Sommes-nous libres de nos choix ?

D’ailleurs, dans quelle mesure sommes-nous libres de nos choix ? C’est une question largement disputée en philosophie. Et sur laquelle la science tend à nous éclairer. En fait, psychologie et neurosciences semblent progressivement restreindre notre liberté au fur et à mesure qu’elles découvrent les causes déterminantes de nos actes. Génétique, environnement, culture et milieu social nous influencent. Au cours de notre existence, ils se combinent pour orienter la construction de nos schèmes de fonctionnement et de décisions.

Nos perceptions orientent aussi ces dernières, mais elles peuvent être erronées. Enfin certaines décisions se transforment en habitudes bénéfiques alors que d’autres sont néfastes.  N’avez-vous jamais eu l’impression d’être pris dans des engrenages dont vous n’arrivez pas à vous échapper  ?

  • Regarder une série plutôt que de travailler sur votre projet.
  • Se faire livrer un plat plutôt que de cuisiner des produits frais.
  • Traîner sur FB plutôt que passer du vrai temps avec une vraie amie dans la vraie vie !!

Quel processus se met en place quand nous prenons des décisions (ou croyons en faire 😉 ?

La plupart de nos choix sont automatiques. Mais les recherches nous montrent que certains peuvent être induits en erreur par des “biais mentaux”. Nous utilisons en effet majoritairement des modes de réflexion rapides et automatiques qui nous permettent de faire des choix appropriés dans la majorité des situations, mais pas dans toutes. Ils génèrent alors des “erreurs mentales” qui nous portent à prendre de mauvaises décisions. C’est comme si la carte sur laquelle nous basons le choix de notre itinéraire était fausse. En voici erreurs courantes, mais il en existe bien d’autres…

° Décisions par défaut

Les décisions “par défaut” sont typiquement des raccourcis pris par notre esprit mais qu’il est parfois utile d’éviter. Ce sont par exemple nos décisions passives. Face à une surcharge mentale, l’esprit à tendance à choisir ce qui s’offre à lui. Ce phénomène est souvent utilisé en publicité et en marketing. Dans les magasins par exemple, les rayons et l’organisation des produits sont conçus en fonction de cette tendance cognitive.  J’arrive à la fin de mes achats au supermarché. Faisant la file à la caisse, je suis placée en face de produits tentants. J’en achète un sans réfléchir. Les marketers appellent ça l’achat d’impulsion. Cela s’explique par le fait que je viens de passer une demi-heure à faire toute une série de réflexions et de choix plus ou moins conscients (quelle huile, que va-t-on manger demain, quels produits d’entretien, quel est le bon rapport qualité-prix…). Dès lors, mon cerveau manque de tonus pour questionner encore l’intérêt d’acheter cette barre chocolatée. Et hop…. il se retrouve dans mon panier.

Autre exemple, la télécommande est à côté de mon canapé. Je me sens un peu fatiguée alors, sans plus y penser, je m’installe et allume la télé. Mon environnement m’y a poussé en quelque sorte. Ca devient un réflexe, pas un choix réfléchi.

° Procrastination

Et oui, la procrastination. Un autre exemple “d’erreur”. Moi, ça m’arrive régulièrement. J’espère ne pas être la seule 😉 Procrastiner, c’est décider, consciemment ou pas, de remettre à plus tard quelque chose qu’on désire faire par envie ou besoin. Parmi les causes de la procrastination, les chercheurs citent notre attirance pour les plaisirs immédiats. Elle est spontanément supérieure à celle qu’on ressent pour les bienfaits à long terme d’une action. Notre cerveau est en quelque sorte myope. Il ne regarde que les avantages à brefs délais.

Une autre cause de la procrastination est la tendance de notre cerveau à favoriser la facilité, la sécurité et le confort, plutôt que la difficulté, le risque et  l’inconfort. C’est naturel pour lui, il cherche à nous préserver, même si les choix pris de cette manière peuvent aussi nous conduire au pire.

Au lieu de travailler à mon texte je vais plutôt aller flâner avec des amis. Satisfaction immédiate ! Ou alors, je vais mettre de l’ordre dans ma comptabilité. C’est moins satisfaisant, mais c’est une activité qui me confronte moins à moi-même, et qui me demande moins d’efforts. Le souci est que, si je reporte le démarrage de mon texte, je n’aurai plus suffisamment de temps pour en améliorer la qualité et le style. Si savoir profiter de l’instant présent est important, en excès, cela va aussi nous nuire.

°La peur de la perte = aversion pour le risque.

Une autre cause de nos erreurs de décision est “l’aversion au risque”. Daniel Kahneman et Amos Tversky, deux psychologues américains célèbres, ont montré que la peur de perdre ce que l’on possède nous influence plus que l’attrait d’obtenir quelque chose de nouveau. Cela fait 10 ans que mon amie Marie se plaint de son travail, peu intéressant, désagréable, dans une mauvaise ambiance… Elle aimerait en changer, mais n’ose le quitter de peur de perdre la stabilité et la sécurité qu’il lui procure. Pourtant, il est probable que si elle étudiait sa situation plus en détail, le danger de quitter son emploi s’avérerait nettement inférieur à ce qu’elle imagine et qu’elle serait motivée par les nombreuses possibilités qui s’ouvriraient alors à elle. Pourquoi ?

° Heuristique de jugement

Notre cerveau a tendance à simplifier des opérations mentales en sur-évaluant ce dont il a connaissance et en sous-estimant ce à quoi il n’a pas accès. C’est ce qui arrive à Marie dans l’exemple ci-dessus. C’est aussi ce qu’illustre Stephen Pinker, chercheur à Harvard. Il nous montre, chiffres à l’appui, que nous n’avons jamais connu de période aussi peu violente de toute notre histoire humaine. Nous vivons relativement dans la paix et la sécurité. Difficile à croire lorsqu’on écoute les infos qui ne parlent que de guerre, de violences, d’abus sexuels, d’attentats, n’est-ce pas ? Notre erreur vient du fait que notre esprit se focalise sur les connaissances dont il dispose, considérant qu’elles correspondraient à la réalité du monde. Il ne réalise pas qu’elles ne représentent qu’une partie minime de ce qui s’y passe réellement.

Une première étape pour prendre des décisions plus éclairées

Nos raccourcis mentaux sont souvent très utiles, mais parfois, ils sont néfastes comme nous venons de le voir. Heureusement, rien n’est figé dans le marbre. Nous pouvons améliorer notre capacité à prendre de meilleures décisions, ou au moins à diminuer le nombre de mauvaises décisions, car nous continuerons à prendre.

Choisissons ! Telle est l’invitation de Jean-Paul Sartre. Le philosophe existentialiste nous pousse à nous emparer de notre responsabilité à choisir. Bien sûr, sa pensée peut paraître radicale lorsqu’il pose la liberté comme absolue, mais avouez que c’est enthousiasmant ! L’apport des recherches en neurosciences et en psychologie comportementale est plus nuancé. Il nous montre que notre liberté est réduite par certains mécanismes de pensée, par des raccourcis cognitifs comme ceux dont nous venons de parler.

Apprendre à les connaître et à les déceler est un premier pas pour les déjouer, pour changer notre façon de décider et assumer notre responsabilité de choisir. Entraînons-nous dès lors à neutraliser nos automatismes de pensée lorsque c’est nécessaire, par exemple en influençant notre environnement ou en modifiant quelques habitudes. Parfois, quelques changements simples suffisent à favoriser de meilleures décisions et à nous y tenir. Et si vous craignez de ne pas être capable de changer, détrompez-vous

Un webinaire pour approfondir le sujet (26 avril à 14h30 – inscription gratuite)

Pour aller plus loin dans la maîtrise des décisions, je ne peux que vous recommander la conférence en ligne de Pierre : “Comment prendre de meilleures décisions”. Après son exposé, il répondra aussi à vos questions.

Ca se passe sur Webikeo, jeudi 26 avril à 14h30. C’est gratuit, mais il faut s’inscrire.

Voici le lien pour le faire.

J’ai décidé de m’inscrire et d’y assister. A vous…

A bientôt…

 

Victoria

 

Crédit photo : Nick Fewings – Unsplash   

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